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3 avril 2006 1 03 /04 /avril /2006 04:09

Le petit Nicolas Sarkozy dort avec beaucoup de difficultés en ce moment ... Et pour cause !

La grande saucisse va lui enlever toutes ses chances de remplacer l'actuel président, aussi appelé "deux minutes de lucicidité par jour".

C'est dur la vie mon petit Nicolas :o) 

sarkozy cpe villepin

Merci à Tropical Boy

Sarkostique le sarkozy blog officiel satirique

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Ecrit par Sarkophage - dans Sarko en images
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commentaires

Sabrina 03/03/2007 19:23

Il parait que Villepin a pris 7 points dans les sondages! c'est cool!;)

Alex 03/03/2007 19:17

Villepin a précisé qu'il se prononcerai définitivement après la décision de Jacque Chirac.Etant donné le fait que Chirac ne s'est toujours pas exprimé clairement à ce sujet, sa candidature est encore tout à fait possible.
Si vous souhaitez apporter vôtre soutien à une éventuelle candidature de Dominique de Villepin, venez sur le site:

http://jvv.hautetfort.com/

un sarkosiste 13/01/2007 23:29

il s'agirait peut etre d'areter de critiquer et de s'ataquer a M Nicolas Sarkozy! pour une fois qu'un politicien n'a pas peur de dire une vérité et ce meme si elle doit déranger! certains jeunes sont des racailles et faut pas les laisser! car maleureusement la réalité maintenant c'est "tu es racille ou tu es victime"! et ca ce nest pas normale! tendre des get-hapens aux policierx qui ne font rien d'autre que leur travail ca non plus ce n'est pas normale! alors aretez de vous scandaliser lorsque M Sarkosy décide de punir les auteurs de ces agressions! le jour ou se sera votre enfant qui sera victime ou votre femme ou votre ami(e) peut etre réviserez vous votre jugement!

Brice 10/04/2006 12:18

Le contexte politique du mouvement anti-CPE

Novembre-décembre 1995 : Les travailleurs français en révolte

Par David Walsh
7 avril 2006

Nous publions de nouveau cette série d'articles sur la révolte de la classe ouvrière française en novembre et décembre 1995 dans l'espoir que cela contribuera à clarifier le contexte politique du soulèvement actuel en France. Avec la révolte en cours, des millions de jeunes et de travailleurs répondent encore une fois aux efforts de la classe dirigeante française de couper et même d'éliminer entièrement les gains sociaux réalisés au cours de décennies de lutte.

En novembre et décembre 1995, la classe ouvrière s'est révoltée contre les efforts du régime de droite du premier ministre Alain Juppé de «réformer» le système de sécurité sociale, tout comme aujourd'hui le gouvernement de Dominique de Villepin «réforme» les lois du travail en France. En 1995, des millions de travailleurs, dirigés par les travailleurs du transport en particulier, ont rejeté les assertions du gouvernement et des médias et ont reconnu leur manoeuvre pour ce qu'elle était : une tentative de faire porter le poids des coûts sociaux à la population travailleuse. Le gouvernement, comme celui d'aujourd'hui, s'était alors trouvé isolé face à un mouvement de masse.

Malgré l'appui général à la grève en 1995, les bureaucraties syndicales et la gauche officielle (le Parti socialiste, le Parti communiste, les Verts), bénéficiant de l'aide de la soi-disant extrême gauche (la Ligue communiste révolutionnaire, Lutte ouvrière et le Parti des travailleurs) ont réussi à contenir le mouvement et à garder le gouvernement Juppé au pouvoir. Le régime de droite de Juppé a été défait dans les élections parlementaire de 1997, mais la coalition de la «gauche plurielle» dirigée par le Parti socialiste de Lionel Jospin qui l'a remplacé a continué à attaquer la classe ouvrière, ouvrant la porte au retour de la droite au pouvoir en 1992.

En décembre 1995, David Walsh s'est rendu en Europe comme partie d'une équipe internationale de journalistes pour couvrir sur place la grève massive en France. Cette équipe a étudié le mouvement de grève et la crise politique qu'elle a engendrée, a interviewé des grévistes, des représentants syndicaux et des représentants de diverses organisations de «gauche» aussi bien que des personnes qui n'étaient en grève de différentes couches de la société.

Cette brochure a tout d'abord été publiée sous la forme d'une série d'articles. Elle présentait une analyse détaillée du mouvement de grève et du rôle joué par les divers syndicats, partis politiques et tendances.

Elle répondait à plusieurs questions : pourquoi ce mouvement avait-il éclaté en France? Pourquoi n'y avait-il pas de mouvement comparable aux États-Unis à cette époque, même si les attaques contre les programmes sociaux allaient beaucoup plus loin que celles que voulait implantées le gouvernement français? Que pouvait-on pressentir de ces événements quant au développement à venir de la lutte de classe en France, en Europe et internationalement? Qu'est-ce que ces événements ont révélé sur la capacité révolutionnaire de la classe ouvrière? Quels sont les problèmes politiques cruciaux qu'elle doit surmontée?


TABLE DES MATIERES

Qu'est-ce qui a déclenché le mouvement de grève?

Un immense mouvement de solidarité sociale

Les problèmes politiques du mouvement de grève

Comment la bureaucratie syndicale a étouffé le mouvement de grève

La culture de l'opportunisme

Le Spectre d'un mouvement européen

La signification du mouvement de grève français

Annexe : Deux remarques à propos des radicaux français

Qu'est-ce qui a déclenché le mouvement de grève?
En novembre et décembre 1995, les masses laborieuses en France se sont opposées pendant trois semaines et demie au gouvernement de droite de Jacques Chirac et de son premier ministre Alain Juppé. Afin de résister aux attaques dévastatrices du gouvernement contre les programmes sociaux, les régimes de retraites, la santé, les emplois et les conditions de travail des employés de la fonction publique, les travailleurs ont freiné la production et occupé leurs lieux de travail.

Suivant l'exemple de dizaines de milliers de cheminots, les employés des postes, du téléphone, de l'électricité, de la sécurité sociale, des transports, du secteur hospitalier, des mines, des services d'incendie, des aéroports, des municipalités et de l'éducation, à Paris et ailleurs, ont mené une lutte immense. Lors des six grandes manifestations qui ont touché toutes les grandes villes du pays, des millions de travailleurs et d'étudiants sont descendus dans la rue pour exiger le retrait des propositions gouvernementales connues sous le nom de « Plan Juppé ». Le 12 décembre eut lieu la plus forte mobilisation avec 2,3 millions de manifestants et plus de 250 manifestations. A Marseille, où les fascistes du Front National ont obtenu un soutien important au cours des dernières années, plus de 100 000 travailleurs et étudiants ont manifesté. La même chose se produisit à Nice, où plus de 50 000 personnes sont descendues dans la rue à l'occasion de l'une des manifestations les plus importantes de l'histoire de cette ville.

Une écrasante majorité de la population française a sympathisé avec le mouvement de grève. Ainsi, les tentatives de la droite pour mobiliser les usagers des transports en commun contre les grévistes se sont-elles soldées par des échecs ridicules. Même les instituts de sondage qui ne dévoilent jamais que des résultats conformes aux besoins politiques de la bourgeoisie rapportaient que, même après trois semaines de grèves, 60 % des personnes interrogées continuaient de soutenir le mouvement anti-gouvernemental.

La révolte de la classe ouvrière contre le genre de programmes d'austérité et de coupes budgétaires qui est à présent commun à tous les pays capitalistes avancés menace la politique de la classe dominante en Europe. Juppé a en effet présenté son plan afin de ramener le déficit budgétaire de la France au niveau exigé par les accords de Maastricht en vue d'accéder à l'Union monétaire européenne. Au plus fort de la vague de grèves, le président français, Jacques Chirac a rencontré le chancelier allemand, Helmut Kohl, à Baden-Baden, symbolisant ainsi l'unité de la bourgeoisie européenne et internationale contre la classe ouvrière française.

En démontrant ainsi leur énorme force sociale, les travailleurs français ont semé l'effroi au sein de la classe dirigeante de leur pays comme à l'étranger. Toutefois, malgré ce mouvement de grèves massif, le gouvernement Chirac-Juppé et les éléments essentiels de son plan sont toujours en place. La classe ouvrière a certes montré sa capacité révolutionnaire, mais également sa plus grande faiblesse, l'absence de direction et de programme socialistes.

Les travailleurs n'ont été ni vaincus, ni forcés de retourner au travail : ils ont été trahis. Dès le début, les directions officielles de la classe ouvrière française le PCF (Parti communiste français), le PS (Parti socialiste) et les syndicats ainsi que les organisations de gauche de la classe moyenne telles que la LCR (Ligue communiste révolutionnaire), Lutte Ouvrière et le Parti des Travailleurs ont tout fait pour maintenir le mouvement de grève dans le cadre syndical, pour bloquer toute opposition politique au gouvernement et pour épuiser les travailleurs jusqu'à ce qu'il ne leur reste plus d'autre option que la reprise du travail.


Le caractère historique du mouvement de grève

Le mouvement de grève de novembre et décembre 1995 en France est un événement historique. Ces grèves sont les plus importantes de ce dernier quart de siècle et elles opposent un démenti irréfutable à tous ceux qui proclament la fin de la lutte des classes et qui ont pris congé de la classe ouvrière. Ces intellectuels ignorants et dégénérés dont beaucoup ont Paris comme foyer spirituel n'admettront probablement pas leur erreur. Qu'importe : les actes de millions de travailleurs ont fait voler en éclats toutes leurs constructions idéologiques compliquées. Les événements qui se sont produits en France confirment de façon convaincante le rôle révolutionnaire de la classe ouvrière, un rôle lui venant de la position même qu'elle occupe dans le processus de production. Ces événements démontrent également toute la force attractive qu'exerce sur toute la population laborieuse traditionnellement qualifiée de classe moyenne, une classe ouvrière combattante.

La vague de grèves de novembre et décembre derniers représente, comme la grève générale de Mai-juin 1968, une expérience stratégique pour la classe ouvrière. Comme dans toutes les grandes confrontations de ce type entre la classe ouvrière et la bourgeoisie, il y a des leçons essentielles à tirer et à assimiler. Il faut étudier soigneusement les points forts et surtout les points faibles de ce mouvement de grève. Car, contrairement aux laquais petits-bourgeois des bureaucraties stalinienne et sociale-démocrate qui glorifient sans discernement le militantisme spontané des travailleurs, nous partons des implications révolutionnaires de ce soulèvement. Par conséquent, il est avant tout essentiel de mettre en lumière les problèmes politiques qui se sont manifestés durant ces grèves pour s'y attaquer ensuite : à savoir la crise historique de direction et de perspectives au sein de la classe ouvrière. Notre tâche est de contribuer à l'éducation politique des travailleurs et de construire une nouvelle direction, la direction révolutionnaire dont le besoin a été souligné avec tant de force lors des récents événements.

Cette explosion sociale annonce une nouvelle étape de la lutte des classes à l'échelle internationale. Que s'est-il passé après la grève générale de Mai-juin 1968 en France? On assista pendant sept années tumultueuses à la chute des vieux régimes fascistes portuguais et espagnol, au renversement de la dictature militaire en Grèce, la défaite du gouvernement Heath en Angleterre et une crise politique aux Etats-Unis qui abouti au départ de Nixon, la seule fois dans l'histoire de ce pays où un président ait été forcé de démissionner. Tous ces bouleversements avaient alors ébranlé le capitalisme européen et mondial jusque dans ses fondements. La bourgeoisie s'en est tirée grâce aux efforts des ses agences contre-révolutionnaires que sont le stalinisme et la social-démocratie, elles-mêmes soutenues par les tendances révisionnistes petites-bourgeoises. La classe ouvrière a du payer un prix élevé pour avoir manqué cette occasion.

Ce nouveau mouvement de grève éclate dans des conditions de crise nettement plus aigüe et plus avancée. Le boom économique de l'après-guerre s'est épuisé il y a longtemps, tout le système politique associé à cette période est en ruines et l'influence des vieilles bureaucraties ouvrières a été sévèrement érodée. La prospérité de l'après-guerre a cédé la place en France et dans une bonne partie de l'Europe à des taux de chômage supérieurs à dix pour cent et à une énorme intensification des conflits commerciaux.

En 1968, la classe ouvrière française tentait d'accroître les gains qu'elle avait réalisés au cours des vingt années précédentes. Aujourd'hui toutes ses conquêtes sociales font l'objet d'une attaque frontale de la part d'une classe dominante bien moins en mesure de faire des compromis. Les implications internationales de l'explosion de la lutte des classes en France sont également plus immédiates aujourd'hui qu'il y a 27 ans. Au cours de cette période, l'économie mondiale a en effet enregistré d'importantes transformations qui se sont traduites par un degré sans précédent d'intégration internationale. Le capital européen lui-même recherche l'intégration. La plupart des grandes sociétés opèrent à l'échelle mondiale. Tout développement politique important a des ramifications internationales. Le sort des travailleurs d'une partie du monde a des effets tangibles sur les luttes ouvrières dans d'autres régions du globe. Ces immenses changements ont plus que jamais rendu nécessaire une approche internationale consciente de la part des travailleurs. Les mesures de Juppé ne sont en effet que la version française de la politique de Thatcher, Reagan, Clinton, Berlusconi et autres.

Il n'y a pas que le régime de Kohl et des directeurs de la Bundesbank qui aient soutenu Juppé. C'est toute la bourgeoisie mondiale qui lui a demandé de se montrer ferme à l'endroit des protestations ouvrières. La crainte qu'a engendré le mouvement français dans la bourgeoisie américaine se manifeste dans la façon dont on a traité ces événements dans les médias. Les chaînes de télévision américaines, qui appartiennent à des sociétés possédant des milliards de dollars, façonnent toujours leurs informations selon les besoins du grand capital. Dans le cas qui nous concerne, ils ont consciencieusement passé sous silence la vague de grèves qui secouait la France. Quant à la presse du grand capital, elle s'est mise en colère. Elle a calomnié les ouvriers français, leur réservant le langage dont elle se sert contre les pauvres aux Etats-Unis. Selon elle, les travailleurs français qui se battent pour leurs droits sont des égoïstes, des gens cupides et des enfants gâtés.

Hormis les intérêts de classe évidents défendus par la presse, un autre facteur a sans aucun doute contribué à une telle attitude : jusqu'à présent, il n'y a pas eu d'explosion sociale comparable aux Etats-Unis. Alors qu'en France des millions de travailleurs paralysaient les chemins de fer, les aéroports et le courrier postal en riposte au plan Juppé, il n'y eut aux propositions de Bill Clinton et du Congrès visant à éliminer quasiment les programmes sociaux aux Etats-Unis, et à l'arrêt provoqué par la grande entreprise des activités du gouvernement fédéral mettant des centaines de milliers de travailleurs au chômage forcé, aucune opposition organisée.

La révolte de la classe ouvrière en France a dépassé le cadre de la simple lutte syndicale. Sa puissance et le défi implicite qu'elle représentait pour la classe dirigeante étaient liés au fait qu'il s'agissait d'un vaste mouvement social allant au-delà des intérêts étroits des diverses corporations. En fait, l'influence des syndicats a tellement diminué au cours des dernières années en France que des représentants de la bourgeoisie ont fait remarquer le danger que cela constituait pour la stabilité politique du pays. La faiblesse des syndicats officiels est l'une des principales raisons pour lesquelles la classe ouvrière a pu mettre sur pied un tel mouvement. La solidarité de classe qui s'y est manifestée est l'héritage résiduel des fortes traditions révolutionnaires et socialistes de la classe ouvrière française.

Les travailleurs ne se sont pas battus pour leurs simples intérêts immédiats. Ils se sont mobilisés pour défendre un système de protection sociale généralisé auquel tout le monde a droit. Les travailleurs français sont fiers de leurs conquêtes sociales et du fonctionnement des entreprises d'Etat telles que les chemins de fer et le téléphone.


L'attaque de la protection sociale par le gouvernement

Le 15 novembre, Alain Juppé montait à la tribune de l'Assemblée nationale pour dévoiler son plan de réforme du système de sécurité sociale. Salué par les applaudissements de près de cinq cent députés (les partis de droite ont obtenu près de 80% des sièges lors des dernières élections législatives de mars 1993) et avec beaucoup de suffisance, Juppé révéla les quatre grands secteurs visés par ses «réformes » : l'assurance-maladie, les retraites, la politique familiale et le financement de la sécurité sociale. Une dizaine de jours plus tard, plusieurs millions de travailleurs réagirent en participant à une grève de 24 heures, alors que les cheminots entamaient une grève illimitée. Une crise sociale et politique majeure éclata. Même si elle n'apparaissait pas à la conscience des travailleurs, la question de savoir quelle classe sociale devait détenir le pouvoir se posait alors implicitement.

Pour comprendre pourquoi le plan Juppé a provoqué une telle sédition, il est avant tout nécessaire d'examiner brièvement le système de protection sociale français et la nature de l'attaque gouvernementale. Ce système fut mis en place à la fin de la Seconde guerre mondiale. Les sections les plus conscientes de la classe ouvrière française avaient participé au mouvement de résistance contre l'occupation allemande et le régime fantoche du maréchal Pétain. Ce dernier collaborait avec les nazis et contrôlait la majeure partie du sud de la France. Victorieux et en armes, les ouvriers français ont vu dans la défaite du nazisme plus qu'une simple défaite du fascisme. Pour eux, le temps était venu de régler leurs comptes avec la bourgeoisie française elle-même.

Néanmoins, comme le remarque un historien, les dirigeants du Parti communiste français, qui avaient dominé la Résistance, « ...avaient d'autres idées. Thorez, le dirigeant du PCF, qui passa la période de la guerre à Moscou, savait parfaitement que Staline n'avait aucune intention de favoriser des soulèvements communistes en Europe occidentale et qu'il acceptait la division du monde en deux blocs distincts, comme il en avait été convenu lors de la conférence de Téhéran en 1943 ». (Traduit de l'anglais. James F. McMillan, Twentieth Century France, New York, Edward Arnold, 1992, p. 151). A Téhéran eut lieu une des trois grandes conférences tenues par les alliés, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'URSS, et où fut déterminée la face de l'Europe d'après-guerre. Même si la direction du Parti communiste stalinien, dont le but était de préserver le système de profit, empêcha les ouvriers de lutter pour le pouvoir, ceux-ci réussirent malgré tout à arracher à la classe dominante un système de protection sociale étendu.

Aux Etats-Unis, le terme sécurité sociale désigne le système de retraites établi par la Loi sur la sécurité sociale de 1935. Mais en France, ce terme se réfère à la responsabilité qu'a la société dans son ensemble d'assurer une protection contre la pauvreté, l'invalidité ou la maladie, et de garantir un niveau de vie décent aux personnes agées; il désigne aussi l'appareil important qui permet d'atteindre ces objectifs.

Lors de la récente vague de grèves, les médias américains ne purent réagir que par un mélange de méchanceté et d'ahurissement face aux avantages sociaux que la population française considère comme allant de soi. Dans un article intitulé : « Pour les Français, la solidarité passe avant l'équilibre budgétaire », le New York Times écrivait avec stupéfaction que le gouvernement français versait, à partir du quatrième mois de grossesse l'équivalent de 150 dollars à une future mère, sans que soit tenu compte de son statut économique ou marital. Cette allocation familiale est maintenue jusqu'à ce que l'enfant atteigne l'âge de 18 ans et elle double avec le second enfant. De plus, tous les soins, les consultations et les médicaments sont gratuits durant la grossesse dans les cliniques financées par l'Etat.

L'article poursuivait : « Les familles nombreuses et défavorisées profitent de toute une série d'avantages sociaux financés par l'Etat, comprenant des congés annuels payés et le transport jusqu'à une station balnéaire ou de montagne. L'Etat prend également en charge les frais de déménagement, les soins à domicile pour les personnes agées, sans compter le subventionnement des logements et même des lessiveuses et des lave-vaisselles pour les familles nombreuses à faible revenu ».

Le Wall Street Journal rapportait pour sa part le cas d'un cheminot, Francis Dianoux, 37 ans, « qui jouit de tous les avantages sociaux qu'offre la SNCF (la société nationale des chemins de fer en France) à ses employés : emploi garanti à vie, retraite à 55 ans, voyages gratuits en train et cinq semaines et demie de congés payés annuels. Pour ce travailleur, le coût de tout cela, tant pour la SNCF que pour la société française, est sans importance ». Le Wall Street Journal trouve inconcevable que les travailleurs français ne partagent pas les vues propagées aux Etats-Unis et qui sont bien souvent acceptées sans y réfléchir par beaucoup de travailleurs américains, à savoir que le marché capitaliste est le produit le plus élevé de la civilisation humaine et que toute entreprise qui ne fait pas de profit mérite de périr. Parlant de l'attitude des ouvriers français, l'article fait le commentaire suivant : « Triompher de telles attitudes, si profondément enracinées, voilà le défi du gouvernement français au lendemain d'une grève dévastatrice de 24 heures ». Plus facile à dire qu'à faire : la bourgeoisie se heurte ici à ce qui reste des traditions égalitaires et révolutionnaires de la classe ouvrière française.


Le plan Juppé

En France, le système de sécurité sociale n'est ni entièrement public, ni privé. Il est constitué d'une structure administrative hautement décentralisée reposant sur de nombreux fonds financiers autonomes, les "caisses". Les agences qui exploitent ces caisses sont supervisées par des conseils d'administration dont les membres sont nommés à part égale par les organisations patronales et les syndicats.

Le premier changement proposé par Juppé était la création, à partir des dix-neuf caisses d'assurance-maladie actuelles, d'un système unique. Toutefois, il est clair que le gouvernement français n'avait nullement l'intention de préserver les avantages spécifiques offerts par les différents systèmes, mais bien de créer un nouveau système d'assurance maladie inférieur qui réduirait les avantages offerts à la population ouvrière dans son ensemble. Un tel programme ouvrirait également la voie à une activité intensifiée des compagnies d'assurance privées qui pourraient ainsi offrir une couverture supplémentaire.

En proposant également d'éliminer le système de gestion commune des diverses caisses par les syndicats et le patronat, Juppé a déclenché une tempête de protestation de la part des bureaucraties syndicales. Force Ouvrière (FO) est un syndicat anticommuniste créé avec l'aide de la CIA au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Forte de 400 000 membres, il est aujourd'hui la troisième centrale syndicale du pays. Il profite en particulier du rôle qu'il joue dans la gestion de l'assurance-maladie nationale, qui brasse tous les ans des centaines de millions de francs, sans compter les postes et l'influence qu'elle donne à ses bureaucrates.

Juppé prétend que l'intention du gouvernement est de démocratiser l'appareil du système d'assurance-maladie en le plaçant sous son contrôle direct. Il ment. Selon cette proposition, l'Assemblée nationale « fixera les orientations générales et les objectifs des politiques de protection sociale » et déterminera aussi les dépenses qui garantiront «l'équilibre du système ». En d'autres mots, le peuple français, comme c'est le cas pour les Américains, sera informé de ce que ses besoins sociaux élémentaires sont trop coûteux et incompatibles avec les exigences de l'économie nationale. Le système de sécurité sociale sera ainsi passé à la guillotine budgétaire.

Le gouvernement propose également d'allonger la période pendant laquelle un fonctionnaire doit avoir travaillé afin de se qualifier pour une retraite complète. Cette période est actuellement de trente-sept ans et demi de services et passerait à quarante ans. Le gouvernement d' Edouard Balladur avait introduit la même « réforme » pour les travailleurs du secteur privé en 1993 sans que les syndicats ne bougent le petit doigt.

Le système général de retraites a également été mis en place à la fin de la Seconde guerre mondiale. Diverses sections de travailleurs de la fonction publique (dix-sept en tout) ont choisi de ne pas fusionner leur programme de retraite avec le système commun. En général, leurs taux de contribution sont plus bas et ils bénéficient de retraites plus élevées. Le nombre de travailleurs appartenant à ces secteurs ayant diminué, en partie à cause de l'élimination de nombreux postes dans la fonction publique, ces caisses ont accumulé des déficits que le gouvernement doit couvrir.

Pour 65% des employés de l'Etat, l'âge minimum de la retraite est de 60 ans. Pour les autres, 35%, considérés comme ayant une activité entraînant
« des risques accrus et étant particulièrement fatiguants », il est de 55 ans, et dans certains cas plus rares, de 50 ans. Les mineurs, les infirmières, les préposés au tri du courrier et d'autres catégories de travailleurs du secteur public peuvent également prendre leur retraite à 55 ans. Il en est de même pour les enseignants du primaire, à l'exception des nouveaux venus qui sont maintenant obligés de travailler jusqu'à 60 ans. L'âge moyen de la retraite pour les 30 000 travailleurs des transports en commun parisiens est de 53 ans.

Un employé de la fonction publique reçoit une retraite mensuelle moyenne de 11 134 francs, soit 75% de son salaire de base, tandis qu'un employé du secteur privé reçoit en moyenne 8459 francs, l'équivalent de 70% de son salaire de base. Ces retraites dépassent largement celles de la majorité des travailleurs américains.

Les cheminots sont confrontés à des attaques spécifiques sur de nombreux fronts en plus de l'attaque générale contre la sécurité sociale et la santé. Ainsi, pour bénéficier d'une retraite complète, un cheminot doit remplir deux conditions : d'abord être âgé d'au moins 55 ans (50 pour les dix-huit mille conducteurs de train) et avoir travaillé pour la SNCF pendant au moins 25 ans. Actuellement, un cheminot qui part en retraite à 55 ans a travaillé en moyenne 32 ans pour les chemins de fer. Si sa période de contribution est allongée à 40 années de service, il devra travailler huit années de plus, la période pendant laquelle il devra travailler sera allongée d'un quart.

Les cheminots ont en outre été révoltés par un plan de restructuration des chemins de fer sur lequel se sont entendus la SNCF et le gouvernement. Ce plan prévoyait la destruction de 5600 kilomètres de lignes et l'élimination de dizaines de milliers d'emplois. Et sur l'ensemble de la SNCF plane la menace d'une privatisation partielle ou complète, un sort qui attend également France-Télécom, la société nationale de téléphone et de télécommunication.

Le troisième volet des attaques de Juppé est le gel des allocations familiales et pour la première fois, leur soumission à l'impôt. La « réforme du financement de la protection sociale » constitue le quatrième élément de son plan. Afin de venir à bout d'un déficit de 250 milliards de francs accumulé entre 1992 et 1996, le gouvernement propose d'introduire un impôt de Remboursement de la Dette Sociale (RDS), impôt unique de 0,5% sur tous les revenus. Même les retraités qui reçoivent un peu plus de la retraite mensuelle minimum se verraient imposés.

En outre, la Contribution Sociale Généralisée (CSG), un impôt régressif introduit par l'ancien gouvernement du Parti socialiste qui s'élève maintenant à 2,4%, sera augmenté d'un montant indéterminé et sera étendu à tous les revenus en 1997. Ainsi, les chômeurs et les retraités dont les revenus sont supérieurs au salaire minimum seront soumis à un nouveau taux de contribution à l'assurance-maladie qui sera de 1,2% en 1996 et 1997.

Selon la CGT, la fédération syndicale stalinienne, le plan du gouvernement coûtera environ 40 milliards de francs aux salariés en 1996 et 50 milliards en 1997. Bref, le gouvernement lance une attaque tous azimuts contre les conditions de vie et les anciennes conquêtes de la classe ouvrière acquises au prix de luttes difficiles. Ayant reconnu la nature de cette attaque, les travailleurs français se sont mobilisés pour la combattre.


Après la vague de grèves, le Plan Juppé est toujours là

Suite aux grèves, le gouvernement a été forcé de suspendre son a plan d'augmentation de la période de contribution au régime de retraite pour les travailleurs du secteur public, de même que son plan de restructuration de la SNCF. Mais les éléments essentiels du Plan Juppé le nouvel impôt de 0,5%, l'extension de la CSG, le gel des allocations familiales et le changement de leur taux d'imposition, l'augmentation des contributions d'assurance-maladie pour les sans-emploi et les personnes âgées, le placement du système de sécurité sociale sous le contrôle du gouvernement tout cela est maintenu.

Les dirigeants syndicaux, les staliniens du PCF et leurs défenseurs petits-bourgeois en France et ailleurs ont parlé, pour ce mouvement de grèves, d'une grande victoire. La bourgeoisie française voit les résultats du conflit de façon plus réaliste. Ainsi, le 15 décembre, l'un des quotidiens les plus importants du pays, Le Monde, intitulait de façon significative un article à ce sujet « Le plan Juppé n'a été vidé que d'une partie de son contenu ». De son côté, le quotidien Libération écrivait dans un article du 13 décembre : « Que reste-t-il du Plan Juppé? Presque tout. »

Les grèves en France ont démontré que la classe ouvrière reste, du point de vue de sa position économique, la force la plus puissante dans la société. Les travailleurs français ont lutté avec énergie, de larges couches de la population les ont soutenus, le gouvernement s'est retrouvé isolé le mouvement possédait tout sauf l'élément le plus déterminant : une direction révolutionnaire munie d'une perspective politique indépendante. C'est cette absence de stratégie alternative qui a permis aux dirigeants ouvriers officiels de reprendre le contrôle du mouvement et de le saboter.

Des millions de travailleurs se sont posé cette question évidente : si le plan Juppé est la clé de voûte de ce gouvernement, comment peut-on s'en défaire sans se débarrasser du gouvernement? Et sans éliminer le système de profit, ajoutaient les travailleurs les plus conscients.

Mais aucune réponse ne venait des organisations impuissantes dont les travailleurs français sont prisonniers. En fait, pas une d'entre elles, que ce soit le Parti socialiste, le Parti communiste, les syndicats ou encore la soi-disante Extrême-gauche (la LCR pabliste, Lutte Ouvrière, le Parti des Travailleurs de Pierre Lambert), n'a même abordé la question du pouvoir politique. Voilà ce qui produisit en fin de compte la défaite du mouvement de grève.

L'acte final des événements de novembre-décembre 1995 a souligné la traîtrise des centrales syndicales CGT et FO. Elles ont abandonné les travailleurs des transports marseillais et les ont laissé seuls face à la force répressive de l'Etat.

Bien que les travailleurs français aient perdu cette bataille, le dernier mot n'a pas encore été dit, ni en France, ni ailleurs dans le monde. La préoccupation fondamentale de la Workers League et du Comité International de la Quatrième Internationale en analysant cette expérience cruciale est de préparer la classe ouvrière à la nouvelle période de grands bouleversements sociaux qui s'ouvre aujourd'hui partout dans le monde.

Hault de la page

Un immense mouvement de solidarité sociale
En novembre et décembre 1995, de larges sections de la classe ouvrière se mobilisèrent contre la coalition gouvernementale dirigée par Jacques Chirac et Alain Juppé. Les travailleurs résistaient à l'attaque menée par le régime de droite contre la sécurité sociale, les retraites, l'assurance maladie, l'emploi et les conditions de travail des ouvriers du service public. Ils se mirent en grève par millions parfois pour un jour parfois pour une plus longue période. D'innombrables lieux de travail furent occupés par les grévistes. De nombreux travailleurs de l'industrie privée participèrent aux manifestations et à d'autres formes de protestation. Un aperçu rapide de la chronologie des événements et une liste approximative des diverses sections d'ouvriers ayant participé au mouvement suffisent à donner une idée de son ampleur sectorielle et géographique.

Le conflit commença à prendre forme pendant l'été et à l'automne de 1995. En août, Alain Juppé, le premier ministre, qui affirmait que les recettes des impôts souffraient de l'affaiblissement de l'économie, ordonna aux industries nationalisées de réduire leurs dépenses. En août également, Alain Madelin, qui était alors ministre de l'économie, critiqua les
« privilèges » des ouvriers du service public. On le fit démissioner du gouvernment à cause de son indiscrétion, mais il ne fallut pas attendre longtemps pour que Juppé lui-même n'ouvre les hostilités. En septembre, il annonça un gel des salaires pour les fonctionnaires. Le 10 octobre, trois millions et demi de travailleurs du service public firent grève pour vingt-quatre heures contre cette décision et contre la menace pesant sur la sécurité sociale. Cinq semaines plus tard, le 15 novembre, Juppé présenta son plan de « réforme » de la sécurité sociale.

Le mot réforme signifie à présent, en France comme aux Etats-Unis, que l'institution ou la structure detinée à être réformée doit, soit disparaître entièrement, soit changer de façon irréversible en faveur des intérêts du grand patronat.

Avant que Juppé ne prononce son discours arrogant à l'assemblée nationale des dizaines d'universités avaient été fermées par les étudiants en grève qui exigeaient plus de moyens financiers pour l'enseignement supérieur. Le 27 octobre, des milliers d'étudiants, de parents et d'enseignants manifestèrent à Rouen. Plus de 100 000 étudiants protestèrent le 21 novembre où ils furent rejoints par les lycéens.

La réaction des travailleurs se fit sérieuse le 24 novembre, avec une manifestation de 50 000 personnes à Paris et un million de manifestants dans tout le pays. Des travailleurs de la SNCF commencèrent une grève qui se propagea rapidement à l'ensemble des chemins de fer. Des grévistes bloquèrent les lignes sortant de Paris, empêchant l'Eurostar, le train à grande vitesse qui traverse la Manche, de rouler. Les aiguilleurs du ciel empêchèrent 90% des vols de décoller.

Quatre jours plus tard, 60 000 travailleurs et jeunes défilèrent à Paris pour une deuxième journée de protestation de masse dans tout le pays. Quatre centres de tri postal importants furent fermés et deux d'entre eux furent occupés. En soutien au mouvement de grève, quatre-ving cinq chauffeurs de bus de la RATP bloquèrent un dépôt à l'aide d'autobus. En quelques heures, l'ensemble des transports parisiens, métro et RER compris s'arrêtèrent. D'immenses embouteillages se formèrent dans Paris et ses environs, ce qui devint un phénomène journalier pour les trois semaines à venir.

Le 30 novembre, la moitié des centres de tri étaient fermés. Des travailleurs de l'EDF-GDF se mirent en grève. Les camionneurs menaçaient eux-aussi de se mettre en grève. Il y avait autour de Paris 500 kilomètres de bouchons. Une partie des travailleurs des usines Renault de Cléon et de Sandouville débrayèrent en soutien aux travailleurs du service public.

Le 30 novembre fut aussi une journée de protestation chez les étudiants; 160 000 d'entre eux participèrent à des manifestations dans tout le pays. A Toulouse, dont l'université fut une des premières à se mettre en grève, 30 000 étudiants manifestèrent. Ils furent 10 000 à Rennes, 7000 à Lorient; à Lille, 4000 étudiants et 1000 cheminots et travailleurs du service public manifestèrent contre le gouvernement. Trente à quarante universités étaient complètement ou partiellement fermées.

L'EDF-GDF fut paralysée par la grève du premier décembre; selon les syndicats deux tiers des ouvriers du service public étaient en grève. France Telecom, l'entreprise d'Etat dont la privatisation est imminente, commença à être affectée par les grèves.

Le 3 décembre, des cheminots du Mans bloquèrent l'entrée de la permanence locale du RPR, le parti au pouvoir. Les ouvriers de la Banque de France se réunirent pour discuter d'une grève. La presse rapportait le jour suivant que 107 des 130 centres de tri du pays étaient affectés par la grève et que cinquante-sept d'entre eux étaient occupés par les travailleurs. 20% des travailleurs de France Telecom étaient en grève. Le 4 décembre, des travailleurs du service public manifestèrent à Perpignan (3000), à Nantes (1000), à Brest et Rennes (1000 dans chaque ville). des travailleurs de Renault à Cléon et Flins organisèrent des grèves, des travailleurs des Centres Hospitaliers Universitaires de Clermont-Ferrand, Nancy, Nice, Poitiers, Caen, Roubaix et Arras se mirent en grève. Le personnel d'une dizaine d'hopitaux de la région parisienne se réunirent en assemblée générale afin de discuter d'actions. L'aéroport d'Orly fut touché par le mouvement.

Le 5 décembre vit une des plus grandes mobilisations de la part de la classe ouvrière dans ce mouvement. Il y eut ce jour au moins 247 manifestations dans l'ensemble du pays qui rassemblèrent en tout plus d'un million de personnes : 160 000 ouvriers défilèrent à Paris; à Marseille 50 000 cheminots, mineurs, dockers et étudiants manifestèrent ensemble. 30 000 personnes manifestèrent à Lyon et 25 000 à Nice. Selon la presse 45,6% des ouvriers du téléphone étaient en grève. Deux cents centres de sécurité sociale avaient fermé leurs portes. Dans diverses régions, des employés municipaux, des pompiers, des balayeurs, des éducatrices, se mirent en grève pour un jour. Des travailleurs de l'industrie privée eux aussi montrèrent leur opposition aux plans gouvernementaux. En Seine-Maritime par exemple, de nombreuse entrepises industrielles furent affectées par les grèves : entre autres une papetterie de la Chapelle Darbley, les usines Renault, Goodyear, ATO, GEC Alsthom, l'entreprise Spie et la Seita. Plusieurs milliers de travailleurs de Michelin se mirent en grève à Clermont-Ferrand.


Vague de protestation à Bordeaux

Alain Juppé n'est pas que premier ministre, il est aussi maire de Bordeaux, une ville de 250 000 habitants. Il eut une mauvaise surprise le 6 décembre, jour où la ville vécut une des plus grandes manifestations de son histoire. Plus de 50 000 travailleurs et étudiants défilèrent dans les rues, représentant plus de 700 entreprises privées, services publics et collèges. Manifestèrent entre autres les 300 travailleurs d'une biscuiterie, des travailleurs d'IBM et de Thomson. Le 7 décembre, après une journée de mobilisation générale, c'est un million de travailleurs qui défila encore. En plus de manifestations de masse à Paris, Marseille et encore une fois Bordeaux, des dizaines de milliers de personnes défilèrent au Havre, à Rouen et à Caen. Dans la petite ville de Lorient, les travailleurs des chantiers navals et des employés de SBFM, une filiale de Renault se joignirent à d'autres grévistes pour former une manifestation de 12 000 personnes. Le personnel de la Bibliothèque Publique d'Information à Paris se mit en grève. Le même jour des mineurs de Merlebach, dans le bassin houiller de Lorraine, qui faisaient grève pour les salaires se heurtèrent aux CRS au cours d'une bataille de rue qui dura quatre heures.

Le 9 décembre, alors que des discussions commençaient entre le gouvernement et les syndicats dont le but était de trouver une issue à la grève, la participation aux grèves continuait d'être forte dans les chemins de fer et les transports parisiens. Le trafic aérien était perturbé à l'aéroport de Roissy et aux aéroports de Marseille et Montpellier. Les travailleurs des transports publics de Toulouse, Saint-Etienne, Rennes, Bordeaux et Marseilles organisèrent diverses actions. 40% des travailleurs de la Banque de France étaient en grève. Le jour suivant, un dimanche on vit se poursuivre les manifestations : 30 000 à Bordeaux, 5000 au Mans et à Chateauroux, 3000 à Narbonne. Dans de nombreuses villes moins importantes, la grève commençait à prendre l'allure d'une grève générale. A la télévision, les journaux télévisés montraient des citadins et des commerçants qui apportaient des provisions aux grévistes, comme à Périgueux, une ville de 40 000 habitants.

La mobilisation la plus importante eut lieu le 12 décembre. Selons des sources syndicales, quelques 2,3 millions ouvriers participèrent à des centaines de manifestations. A Paris, il y eut 150 000 manifestants; à Marseille plus de 100 000; à Rouen 70 000; à Nice eut lieu une des plus grandes manifestations de l'histoire de cette ville : 50 000 personnes défilèrent contre le plan Juppé.

A ce stade de la situation, le gouvernement et les syndicats combinèrent leurs efforts pour mettre un terme au mouvement. Le danger que la grève ne s'étende à l'industrie privée et que les syndicats n'en perdent le contrôle était réel. Il était de moins en moins certain que le régime allait pouvoir survivre à la crise. De plus, la possibilité d'un mouvement d'ampleur européenne contre les mesures d'austérité devenait réelle avec la manifestation de 70 000 travailleurs du secteur public à Bruxelles le 13 décembre.

Juppé offrit de faire des concessions sur certaines mesures, en particulier aux cheminots (sur le « contrat-plan » passé entre la SNCF et le gouvernement qui menaçait les emplois et sur les retraites) et aux ouvriers du secteur public en général, sur les retraites. Il proposa aussi que se tienne un « sommet social » le 21 décembre au cours duquel les doléances des travailleurs pourraient, à l'en croire, être discutées. Le gouvernement promit aussi quelques millions de francs de plus pour les universités pour tenter de faire quitter la rue aux étudiants.

Grâce à ces manuvres le gouvernement parvint à écarter les cheminots qui commencèrent à reprendre le travail, sans enthousiasme, le 14 décembre; ils furent suivis par les postiers, les ouvriers des transports parisiens et ceux du gaz et de l'électicité.

Les dirigeants syndicaux, les staliniens du Parti communiste et les organisations petite-bourgeoises de « gauche » se précipitèrent sur les miettes que le gouvernement avait offertes comme appât, annoncèrent que la grève était une victoire et il s'en fallut de peu qu'ils n'annoncent officiellement la fin de la grève.

Les dernières manifestations de masse eurent lieu deux jours plus tard, un samedi. Alors que les mouvements de protestation diminuaient en province, à en croire les autorités, la manifestation de Paris fut gigantesque. Plusieurs centaines de milliers de travailleurs et sympathisants de la grève défilèrent de la Place Denfert Rochereau à la Place de la Nation. Le long de la manifestation les trottoirs étaient envahis par les spectateurs. Certains applaudissaient, certain filmaient la manifestation qu'ils considéraient être un événement historique, d'autres étaient peut-être simplement curieux. Des spectateurs aux fenêtres envoyaient leurs encouragements aux manifestants. L'auteur de ces lignes atteignit la Place de la Nation avant que le défilé n'y parvint. Des milliers d'individus qui ne portaient ni pancartes ni autres symboles déferlaient sur le boulevard Diderot à la rencontre du défilé qui approchait, comme attirés par un aimant.

La reprise du travail s'accentua fortement le 18 et le 19 décembre. Un train sur deux fonctionnait alors et les transports parisiens marchaient de nouveau presque normalement. Seuls 15 centres de tri postal restaient en grève. 20% des travailleurs du gaz et de l'électricité étaient encore en grève. Quand eut lieu le sommet social, la grande majorité des grévistes avait été démobilisée.

Des postiers de Caen restèrent en grève jusqu'au 27 décembre, où une compagnie de CRS envahit les locaux de la poste et expulsèrent quinze grévistes. A Marseille, les travailleurs des transports en commun maintinrent leur mouvement jusqu'au 8 janvier pour s'opposer à un régime instauré il y a deux ans et selon lequel ceux qui étaient nouvellement embauchés gagnaient moins et étaient forcés de faire plus d'heures avec plus de flexibilité.

Le sommet lui-même auquel participèrent des représentants du gouvernement, des petites et des grandes entreprises et cinq centrales syndicales, était une supercherie qui ne produisit que des mots. Juppé, qui l'avait présenté comme une discussion sérieuse des questions sociales qui avaient engendré la vague de grèves, se servit de l'occasion pour appeler les syndicats à la
« compréhension », à la « réconciliation » et à «l'espérance ». Il déclara se rendre parfaitement compte « qu'il subsistait de fortes divergences » entre eux. Il ne se soucia même pas de discuter de possibles changements de son plan contre la sécurité sociale, les mesures qui avaient déclenché le mouvement. Il proposa seulement de tenir trois autres réunions en 1996 sur le chômage des jeunes, la politique familiale et le temps de travail. Comme le dit l'éditorialiste d'un journal bourgeois il ne proposa « guère plus qu'un... calendrier ». Après les remarques d'introduction de Juppé les dirigeants syndicaux lâchèrent un peu de vapeur. Le meeting dura une dizaine d'heures, avec plusieurs longues pauses et un repas. Tous les participants s'en retournèrent chez eux avec un soupir de soulagement collectif. Etait-ce pour cela que les travailleurs s'étaient battus et sacrifiés pendant trois semaines?


Traditions révolutionnaires

Friedrich Engels écrivit une fois :« Les français se réveillent toujours à l'approche de la bataille ». En effet les travailleurs français semble presque éprouver du plaisir à la perspective d'une bataille avec l'ennemi de classe. Cela fait partie de l'histoire en France, le pays où, « plus que partout ailleurs, les luttes de classes historiques furent menées jusqu'au bout et où, par conséquent, les formes politiques changeantes dans lesquelles elles se meuvent et où sont concentrés leurs résultats ont les formes les plus nettes ». (Préface du « 18 Brumaire de Napoléon Bonaparte », de Karl Marx).

La grande Révolution française de 1789 porta le coup de grâce à l'Europe féodale et ouvrit l'époque bourgeoise moderne. La première grande révolte de la classe ouvrière eut lieu en France en 1830 et contribua à la chute de Charles X. Dix-huit ans plus tard les travailleurs se soulevèrent à nouveau et renversèrent un autre roi, Louis Philippe. En 1871 fut constitué le premier gouvernement ouvrier de l'histoire, la Commune de Paris. En 1936, la lutte de la classe ouvrière française pour le pouvoir fut trahie par le Parti communiste stalinien, tout comme le furent ses luttes de 1945 et 1968.

La décomposition des organisations ouvrières traditionnelles sur une longue période et la confusion produite par l'effondrement de l'Union Soviétique ont sérieusement sapé ces traditions socialistes et révolutionnaires dans les dernières décennies. Il faut souligner le fait que, malgré son immense ampleur, le récent mouvement de grève est resté extrèmement limité du point de vue politique. L'expérience de quatorze années de gouvernement socialiste soutenu par le Parti communiste et plusieurs décennies de trahisons de la part des syndicats ont fait que la classe ouvrière française s'est détournée de la politique et se méfie de presque toute forme d'organisation.

Sans confiance dans une perspective socialiste et privés de parti révolutionnaire pour les guider, les travailleurs ne furent pas capables d'entreprendre une lutte pour le pouvoir ou même de la mettre sérieusement à l'ordre du jour. Ce bas niveau de conscience politique est bien sûr relatif. Il faut dire que les travailleurs français étaient dans les grèves de novembre décembre bien moins écrasés par la bureaucratie syndicale et souffraient bien moins d'illusions individualistes que les travailleurs américains actuellement.

La méchanceté et le ressentiment des médias américains vis-à-vis des grèves en France est parfaitement compréhensible. Ce mouvement, bien que sérieusement limité poliquement, était aux antipodes de la vision de la société propagée par les idéologues de la classe dirigeante américaine. Les grévistes défendaient les principes de l'action collective et de la solidarité sociale contre l'individualisme égoiste et les prétendues vertus du marché capitaliste.

Il est important de souligner encore une fois que, dans une large mesure, les grévistes français qui ne bénéficiaient d'aucun soutien financier ne se battaient pas sur des questions économiques immédiates ou des questions syndicales. Un jeune conducteur de train nous dit à la Gare du Nord : « On ne se bat pas pour des hausses de salaires mais pour défendre les gains acquis par nos parents et nos grands-parents ». Les travailleurs eux-mêmes considéraient leur lutte comme étant celle de toute la population laborieuse. On pouvait entendre ce genre de remarque constamment.

Cela prit des formes très concrètes. Le gouvernement français prétend qu'une de ses priorités est de combattre le chômage des jeunes. Mais quand les membres du gouvernement en parlent, comme Juppé l'a fait pendant le sommet social, ils le font pour affirmer que le principal obstacle à la création d'emplois est le coût trop élévé de la main d'uvre et les prestations sociales « excessivement généreuses ». La bourgeoisie européenne prend en général pour modèle l'exemple américain - des emplois à bas salaires et peu ou pas de prestations sociales.

Les ouvriers faisaient remarquer en revanche que l'allongement de la période d'activité pour des millions d'employés du service public et plus encore la destruction rampante et continuelle d'emplois privait toute une génération de jeunes de la possibilité de trouver des emplois à salaires décents dans les entreprises nationalisées et les administrations de l'Etat. Des travailleurs de quarante ou cinquante ans qui considéraient que leur situation n'était pas particulièrement menacée expliquaient qu'ils luttaient pour leurs enfants et pour les générations à venir.

Voilà un démenti cinglant des idées réactionnaires avancées par un nombre d'ex-radicaux - certains d'entre eux ayant été de solides activistes pendant les événements de 1968 - selon lesquelles le mouvement de grève était un mouvement de « privilégiés », de « dinosaures » qui s'opposaient à la « modernisation » et à l'« Européanisation ». Ce point de vue, dont toute la communauté radicale internationale s'est faite l'écho d'une manière ou d'une autre, exprime l'hostilité de ces éléments petits-bourgeois vis-à-vis du fait que les travailleurs commencent à défendre leurs intérêts de classe indépendants. Mais cette couche de radicaux, une formation sociale en essence tout à fait conservatrice, ne représente en rien l'ensemble de la petite-bourgeoisie.


L'attitude de la petite-bourgeoisie vis-à-vis de la grève

Le mouvement de grève eu un grand impact sur toute la population en France. Des années de mesures d'austérité et de réductions imposées par des gouvernements du Parti socialiste comme par des gouvernment conservateurs ont usé la patience populaire. Les classes laborieuses françaises n'ignorent pas ce qui s'est passé sous Thatcher et Major en Angleterre, Kohl en Allemagne et Reagan, Bush et Clinton aux Etats-Unis. Ceux qui sont descendus dans la rue disaient : ça suffit. Et bien d'autres, qui n'étaient pas dans la rue, étaient d'accord.

Si l'on était à Paris, on n'avait pas besoin de lire les sondages d'opinion pour savoir que le mouvement de grève jouissait d'un immense soutien. Il faut s'imaginer une métropole d'une dizaine de millions d'habitants (presque un cinquième de la population française), privée de toute forme de transport en commun - une agglomération sans métro, sans bus, sans trains de banlieues ni de grandes lignes. Jour après jour, des centaines de milliers de personnes se rendaient patiemment à leur travail, dans l'obscurité du petit matin et en silence, à pied ou à bicyclette, au son des klaxons. C'était une scène d'un autre monde. Ceux qui allaient au travail en voiture passaient jusqu'à cinq heures par jour dans les embouteillages. Des dizaines de milliers de personnes faisaient de l'auto-stop. Et pourtant personne ne se plaignait si ce n'était l'un ou l'autre petit-bourgeois en colère. N'étant pas en mesure de faire grève ou ne voulant faire grève, la grande majorité de la population se disait que c'était là la moindre des choses qu'elle pouvait faire.

Le RPR, le parti de Jacques Chirac et Alain Juppé, essaya d'organiser des usagers des transports en commun contre la grève. Dans un mémoire daté du 1er décembre et adressé aux dirigeants locaux du RPR, la direction du parti indiquait les moyens à utiliser pour créer des « comités d'usagers ». Ce mémoire comportait un modèle de pétition à faire circuler avec cette en-tête :
« Laissez-nous travailler! ».

Cette campagne fit long feu. Une ou deux manifestations de partisans du gouvernement n'attira qu'entre cinq cent et mille personnes. Les dames et les messieurs peu nombreux et bien mis, rassemblés par le RPR ne mettaient de toute évidence jamais les pieds dans les transports en commun. Et même ceux-là commencaient nerveusement leurs interviews à la télévision par ces mots : « Bien sûr, nous ne sommes pas contre les grèves. Nous voulons seulement avoir le droit en tant qu'individus d'aller où nous voulons. » etc.

Juppé et Chirac, qui avait été élu président de la république six mois à peine auparavant, étaient complètement isolés. Au printemps, Chirac avait fait une campagne démagogique et trompeuse, s'engageant à faire de la création d'emploi sa grande priorité. Tout au long de l'année le chômage resta au dessus de 10% et son premier ministre monta une attaque de grande envergure contre la sécurité sociale, dont presque toutes les couches de la société française bénéficient.

Un périodique français qui ne sympathisait pas avec la grève publia des interviews avec un certain nombre de gens de la petite-bourgeoisie qui avaient voté pour Chirac au mois de mai. Ils rapportaient ainsi les commentaires d'un employé de banque : « J'ai cru que Chirac allait changer les choses, lutter efficacement contre le chômage et la gabegie...Résultat : il a fait tout le contraire. Alors, moi aussi j'ai envie de descendre dans la rue, de dire m.... à Juppé, Chirac et consorts. A ces incapables bardés de beaux diplômes qui se goinfrent sur notre dos, avec voiture de fonction et table ouverte dans les meilleurs restaurants ».

Le périodique citait aussi un jeune employé de bureau : « J'ai toujours voté à gauche. Mais après quatorze ans de cocufiage ça suffit. Alors j'ai opté pour Chirac. Sans trop d'illusions, mais avec le secret espoir qu'il y aurait un peu plus de justice sociale dans ce pays. Mais avec le plan Juppé c'est encore les salariés, les 'petites gens' qui vont être taxés. Elu sous les apparences d'un socialiste, Chirac montre aujourd'hui son vrai visage ».

L'attitude générale, même celle des classes moyennes aisées, c'est peut-être cette femme que nous avons interviewée à Paris le 16 décembre juste avant l'immense manifestation ce jour là, qui l'a résumée le mieux. Cette dame, qui s'avéra être une psychanaliste, marchait avec sa fille et son chien le long de la manifestation. Lorsque nous lui avons demandé ce qu'elle pensait du mouvement de grève, elle répondit : « La situation a été difficile en France pendant des années. On a l'impression qu'on a de plus en plus de déductions, qu'on paie de plus en plus pour la sécurité sociale et tout le reste. C'est devenu intolérable ». Et elle ajouta : « Bien sûr c'est vrai que la sécurité sociale ne peut pas continuer à perdre de l'argent comme elle le fait. On est donc un peu perplexe devant tout cela ». Alors nous lui avons demandé si elle soutenait les grévistes. Elle répondit avec un sourire : « je ne suis pas contre... ».

Il serait faux de croire que le mouvement de grève avait le soutien de l'ensemble de la classe moyenne. Nombreux furent ceux qui maudirent les grévistes, à voix basse car ils estimaient que l'ambiance ne permettait guère à leurs vues de s'exprimer. Nous avons parlé au propriétaire tunisien d'un petit restaurant de Belleville qui était opposé à la grève. Il nous expliqua que « les clients ne viennent pas. Tout est bloqué. Je fais 60% moins d'affaire que d'habitude. Les factures s'accumulent et personne ne m'accordera une réduction par la suite ». Nous lui avons demandé s'il avait une sympathie quelconque pour les ouvriers en grève, il nous répondit carrément que non. « Voilà des gens de trente ou quarante ans qui pensent à leur retraite d'ici vingt ans, mais nous on doit vivre aujourd'hui ». Cette opinion à courte vue était celle d'une minorité.


La colère vis-à-vis des conditions de vie

Partout les travailleurs exprimèrent leur colère devant les attaques du gouvernement et la détérioration des conditions de vie. Un éducateur spécialisé en grève du nord de Paris qui travaillait avec des enfants handicappés, nous parla par exemple des conditions qui régnaient dans le quartier où se trouvait son école. Les choses vont si mal que dans certains ménages les seuls à se lever le matin sont les enfants qui doivent aller à l'école. Tous les autres sont au chômage. Il fit remarquer qu'il y avait une plus forte proportion d'enseignants en grève qui venaient d'écoles des zones pauvres parce qu'ils étaient directement confrontés aux épouvantables conditions .

Un postier du centre de tri de Landy fit ce commentaire : « C'est nous qui payons pour la sécurité sociale. Tout coûte plus cher. La vie est plus difficile. On jette les gens à la rue. Pourquoi devrions nous payer? ». Un travailleur plus agé, originaire d'Italie et travaillant pour la SERNAM nous dit : « Là où j'habite on voit des gens qui sont à la rue se blottir les uns contre les autres contre le froid. C'est terrible. Pourquoi est-ce que ça existe? On est obligé de faire quelque chose. La société est obligée. C'est un problème international, c'est clair. Le gouvernement fait cela à cause de Maastricht. Ils veulent qu'on travaille pour trois fois rien. Aux Etats-Unis les gens n'ont pas d'assurance-maladie ni rien. On ne veut pas ça ici ».

Des millions de travailleurs français et de larges couches de la petite bourgeoisie s'opposèrent aux attaques du gouvernement contre la sécurité sociale. Un énorme mouvement de résistance s'est développé. Mais malgré la détermination et la solidarité dont a fait preuve la classe ouvrière française, le plan du gouvernement a survécu et il est resté plus ou moins intact. Pour comprendre l' issue de ce conflit il faut examiner les problèmes actuels du mouvement ouvriers français et international.

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Les problèmes politiques du mouvement de grève
Lors des élections de mars 1993 à l'Assemblée nationale, les partis de la droite, le RPR (Rassemblement pour la République) et l'UDF (Union pour la Démocratie Française) avaient remporté 460 sièges sur 577. La Gauche (Parti socialiste et Parti communiste) n'avait pu faire élire que 93 députés. Aux yeux des experts bourgeois, la victoire du chef du RPR, Jacques Chirac, sur son adversaire socialiste, Lionel Jospin à l'élection présidentielle de mai 1995, confirmait ce tournant à droite de la vie politique française.

Mais ce semblant de consensus en faveur de la droite a été mis en pièces par le puissant mouvement de grève de novembre-décembre 1995. Les victoires électorales des partis bourgeois n'ont pas tant révélé un soutien de masse à leur politique que la banqueroute des organisations traditionnelles de la classe ouvrière: les Partis communiste et socialiste et les syndicats.

L'entrée en lutte de centaines de milliers d'ouvriers du secteur public a rapidement créé un nouveau rapport des forces sociales. Les travailleurs se sont solidarisés en masse avec les grévistes en opposition à l'assaut gouvernemental sur le système de sécurité sociale. De vastes sections de la classe moyenne se sont montrés solidaires avec grévistes et ont manifesté une profonde hostilité envers l'élite dirigeante.

Ainsi, malgré la majorité parlementaire de 80% dont il se vantait tant, le gouvernement s'est retrouvé totalement isolé. Il a été incapable d'organiser la moindre manifestation publique sérieuse en faveur de son plan. Toute intervention massive de la classe ouvrière, que ce soit aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne ou dans n'importe quel autre pays capitaliste avancé, révélerait rapidement le même rapport fondamental des forces.

Mais le mouvement de grève a aussi révélé les problèmes politiques que la classe ouvrière internationale doit encore résoudre: en dépit du fait que le mouvement anti-gouvernemental ait eu ses origines au plus profond de la société et malgré le soutien populaire massif dont il jouissait, le gouvernement de Chirac et Juppé a survécu à la crise et il a gardé intacte la plus grande partie de son plan. Comment expliquer cela?

La bourgeoisie française avait deux grands avantages sur les ouvriers dans le conflit de novembre et décembre 1995 : elle avait une stratégie pour restructurer la société au profit de ses intérêts et elle détenait le pouvoir politique. La classe dominante française est poussée à reprendre toutes les concessions que les travailleurs lui ont arrachées en plus d'un demi-siècle de luttes. Elle le fait à présent au nom de l'unité économique et politique de l'Europe. La campagne pour l'Union européenne, dirigée par l'Allemagne et sa banque centrale, est une tentative d'améliorer la compétitivité et la position de l'industrie européenne face à ses rivales américaine et japonaise.


Le manque de préparation des travailleurs

La classe ouvrière française, malgré toute sa combativité, n'était pas prête pour cette confrontation de novembre et décembre avec le gouvernement. Les nombreuses manifestations de masse auxquelles nous avons assisté à Paris et à Rouen étaient imposantes et enthousiastes, mais leur niveau politique était peu élevé. L'un des aspects frappants du mouvement était l'absence presque totale de slogans et de revendications politiques, si ce n'était l'appel occasionnel à la démission de Juppé. Lorsque nous voulions aborder les questions politiques avec les participants, il fut difficile d'aller au-delà de vagues généralités. Si nous parlions aux travailleurs de la nécessité de renverser le gouvernement Juppé, la réponse était presque toujours la même : « Je suis d'accord, mais il n'y a pas d'alternative à gauche en ce moment en France ». Ceux qui portent la responsabilité de cette situation sont les partis tranditionnels et les appareils syndicaux de la classe ouvrière, ainsi que la soi-disante Extrême-gauche qui vient à leur rescousse, à savoir la LCR, Lutte Ouvrière et le Parti des Travailleurs.

Mais il n'y a pas que le rôle malfaisant joué par ces organisations lors des récents événements. Il faut comprendre le niveau actuel de conscience politique des travailleurs français comme un produit de l'histoire. A partir des années 1920, depuis la dégénérescence stalinienne de l'Union Soviétique et des Partis communistes, les aspirations socialistes révolutionnaires de la classe ouvrière française ont été trahies à maintes reprises. En 1936, le PCF et les réformistes du Parti socialiste mirent sur pied le gouvernement de coalition du Front populaire en alliance avec le Parti radical, un parti bourgeois basé sur des couches inférieures de la classe moyenne. Le Front populaire, dirigé par le leader socialiste Léon Blum, parvint à étouffer un énorme mouvement de grève générale de la classe ouvrière, forçant les grévistes à retourner dans les usines après quelques maigres concessions de la part des patrons.

A la

Tariec 06/04/2006 16:43

"Le point central de ce programme est l’unité internationale de
la classe ouvrière".

Aïe ! quelle classe ouvrière ? où reste-t-il en Occident une classe ouvrière aprés la destruction des industries (miniéres, métallurgique et chimique) ? Vu le faible nombre d'ouvriers restant, "l'unité" de la classe ouvrière ne va pas fédérer...c'est peu de le dire. Alors un "pouvoir" ouvrier...encore moins !

On dirait un vieux programme sorti des temps anciens...

Court Forrest !

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