Le ministre stigmatise un mineur récidiviste. Des juges s'indignent.
Hier sur Europe 1, le ministre de l'Intérieur a trouvé une nouvelle caricature à mettre sous la dent de son éventuel futur électorat : un jeune gitan de 14 ans, «responsable à lui tout seul de 10 % de la délinquance» à Tarbes. «On a laissé tomber un certain nombre de quartiers, a martialement développé Nicolas Sarkozy. Eh bien, nous les reprendrons pied à pied.» Le jeune délinquant en question, libre depuis le 25 mai, aurait déjà à son actif 102 vols avec violence, vols d'automobiles, extorsions, incendies volontaires, violences avec arme ou en réunion et de multiples dégradations, outrages et autres voies de fait. Il faudra y ajouter le déclenchement d'une guerre entre Nicolas Sarkozy et les magistrats de l'USM : «Le ministre est coutumier des chiffres mensongers, proteste Dominique Barella à la tête de ce syndicat. Il a vu un juge responsable de la liberté conditionnelle du meurtrier de Nelly Crémel là où il y en avait trois. Il indique que 19 magistrats seulement ont été sanctionnés en quinze ans alors qu'il y en a eu 76 en dix ans. Aujourd'hui, il voudrait que ce délinquant soit responsable de 1 010 délits et infractions. C'est n'importe quoi.»
Effectivement, Nicolas Sarkozy aura résumé un peu vite l'article du Figaro où il a trouvé son information. Le quotidien indiquait le 2 juillet que «certains mois» seulement, le gamin déscolarisé qui «terrorise» la ville et ses institutions alimente 10 % de la délinquance. «En aucun cas, précisait hier un magistrat tarbais, il ne peut être responsable de 10 % des 10 110 crimes et délits enregistrés à Tarbes sur toute l'année 2004.» «Ce qui va dans l'intérêt du ministre Sarkozy et de ses démonstrations politiques est contraire à l'intérêt des victimes et de la justice», reprend l'USM.
Le syndicat ne veut pas laisser penser que ledit délinquant aurait bénéficié d'une sorte d'impunité judiciaire : «Il a déjà été deux fois en prison puis dans un centre fermé...», précise Dominique Barella. L'affreux Jojo des quartiers sensibles de Tarbes fait en outre l'objet d'un suivi attentif de la part des équipes sociales de réinsertion. «En deux phrases, le ministre ruine tout leur travail», se désole le syndicat. En le stigmatisant haut et fort, «Sarkozy prend le risque de transformer ce délinquant en petit caïd. C'est une erreur grave». Les magistrats de l'USM soupçonnent en outre la chancellerie d'avoir donné, hier matin, pour consigne à la Protection judiciaire de la jeunesse de ne pas réagir aux propos du ministre de l'Intérieur. «A quel pouvoir le garde des Sceaux obéit-il en demandant aux siens de ne pas se défendre ? interroge leur leader. Sarkozy serait-il Premier ministre ? Impossible de savoir. Nous baignons dans une sorte de triangle des Bermudes gouvernemental.»
«Mépris». Quelques mentons se relèvent sous les plafonds du palais de justice à Tarbes : «Ces propos sont inqualifiables, s'emportent ces deux magistrats. Ils sous-tendent trop de mépris pour notre travail de justice.» Ils ont en tout cas déjà produit leur petit effet : le maire UMP de la ville, Gérard Trémège, vient d'en remettre une louche, appelant l'école, les éducateurs, la police et la justice à travailler ensemble en matière de prévention sans «le tabou de la confidentialité». L'exemple vient pour le coup de la Place Beauvau : un petit coup de clairon sécuritaire, ça ne peut pas nuire quand des élections s'approchent.
Libération - 6 Juillet 2005 - Gilbert Laval
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S'il fallait un exemple de plus pour montrer que Sarkozy manie la petite phrase comme un camelot vend ses casseroles sur les marchés ... le voila !
Le petit Nicolas Sarkozy montre clairement ses limites : un disque qui tourne en rond et chante le même refrain. C'est lassant et même gavant (n'ayons pas peur des mots ! blurp !)
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